De la révolte au mercenariat, Le Kurdistan irakien comme exemple
Ayoub Babo Barzani, 01/06/2024 – Genève
Projet controversé de succession
Entre 1961 et 1970, deux camps s’opposèrent violement au Kurdistan, d'un côté, les Peshmergas, et de l'autre, les Jash (mercenaires), provoquant de nombreuses victimes, des villages incendiés et des champs brûlés. L'appartenance au front mercenaire était perçue dans la conscience collective du peuple kurde de cette époque comme une insulte et une honte. Les mercenaires, accusés de collaboration avec l’ennemi, de trahison, de manquer d’honneur et de dignité, étaient largement méprisés par la société kurde pour avoir vendu leur conscience contre une poignée de dinars distribués par le gouvernement irakien.
S’attribuant tous les mérites et caractéristiques de la noblesse, cultivant la notion d’honneur et de sacrifice, les Peshmergas se désignaient comme des combattants pour la liberté, des défenseurs de la patrie et des droits du peuple kurde et se considéraient comme de véritables patriotes.
Mollah Mustafa (ou Mustafa Barzani, né en 1903 et décédé en 1979, président du Parti Démocratique du Kurdistan ou P.D.K.) se trouvait à la tête des Peshmergas.
Quant à Mahmoud Agha Zibari, il dirigeait un groupe de mercenaires avec son fils Zobayr et ses frères. Les forces du second groupe, composées de membres du clan Zibari, étaient soumises au commandement des officiers supérieurs de l'armée irakienne comme la plupart des mercenaires kurdes de cette époque.
Ironiquement, Mollah Mustafa avait épousé la fille de Mahmoud Agha Zibari, commandant des mercenaires kurdes.
Alors que Mollah Mustafa dénigrait publiquement son beau-
Considéré comme un héros national parce qu’il avait obtenu, pour la première fois
dans l'histoire, l'autonomie grâce aux sacrifices du peuple kurde, Mollah Mustafa
était âgé de près de soixante-
Par ailleurs, la signature de cet accord permettait à Saddam Hussein, qui se trouvait
dans un état de profonde vulnérabilité, de gagner le temps nécessaire (soit une période
de quatre ans) pour renforcer le régime Baas récemment instauré et confronté à un
risque de coup d’état menaçant son existence, pour liquider l’opposition dans l’armée
irakienne, dans la sécurité et dans l’appareil de l’État, baasiser l’Irak, et conspirer
contre le mouvement kurde, ralliant à sa cause un certain nombre de dirigeants et
infiltrant ses espions dans les rangs de celui-
Saddam Hussein, jeune homme âgé alors de 33 ans, profita du calme régnant sur le front interne pour purger l’Irak de tous les éléments à la loyauté douteuse. Sur le plan de la politique externe, la voie suivie par Bagdad consistait à conclure un traité d’amitié avec Moscou, à se rapprocher du camp socialiste qui garantissait à l’armée irakienne un approvisionnement régulier en armes et équipements et à obtenir le soutien soviétique lors de sa démarche de nationalisation des compagnies pétrolières étrangères en Irak afin que le gaz et le pétrole soient placés sous contrôle direct de Bagdad.
Suite à la signature de l’accord de 1970, Saddam Hussein abandonna à leur sort les anciens mercenaires kurdes (chef de tribus) et l'ancien cabinet du P.D.K. (Parti Démocratique du Kurdistan), ralliés au régime de Bagdad. Il les licencia et supprima leurs salaires, ce qui les obligea à se réconcilier avec Mollah Mustafa. Cet événement fut considéré par une large audience comme une « réconciliation nationale entre les Kurdes ».
Mahmoud Agha, mercenaire et beau-
Lorsqu'un groupe de paysans du village de Harne tenta de rejeter l’autorité de Zobayr Mahmoud Agha qui exigeait la remise des récoltes au nom de la Révolte kurde, Mollah Mustafa, averti de l’incident, envoya ses gardes qui menacèrent de mort les villageois, de brûler leurs maisons et d’expulser leurs familles s'ils résistaient à la volonté de Mahmoud Agha. Comprenant alors que Zobayr Agha détenait son pouvoir directement de la personne de Mollah Mustafa, les habitants du village furent contraints d’obéir.
Après la signature du 11 mars 1970, le président du P.D.K. se persuada qu’il se trouvait dorénavant à l’abri de toutes les critiques et qu’il était désormais libéré de toute obligation morale de respecter notamment la Constitution, les valeurs révolutionnaires du parti ou les engagements pris envers ses anciens compagnons d’armes. La tendance autoritaire de son caractère se renforça. Sa faculté de jugement, gravement altérée par les sentiments familiaux et son choix délibéré de favoriser la descendance qu’il avait eue de sa troisième épouse (fille de Mahmoud Agha, le chef des mercenaires), de 28 ans sa cadette, le poussèrent à adopter un « projet controversé de succession ».
Le président du P.D.K. commença à agir de manière irresponsable, négligeant peu à peu les valeurs nationales et patriotiques et tout ce qui touchait à sa réputation personnelle pour accomplir ce « projet d'héritage » considéré par beaucoup comme pernicieux car nécessitant de recourir aux mensonges, aux manipulations, à l’hypocrisie, à une violence excessive consistant à humilier ou à liquider ceux qui s’opposaient à ce plan d’héritage litigieux parmi ses anciens compagnons d'armes. La mise en œuvre de ce plan le poussa à détruire les valeurs nationales et patriotiques du P.D.K., les principes moraux de Barzan et à imposer à la société kurde des valeurs mercenaires.
Ce tournant historique renforça l’influence des mercenaires (Jash) et de leurs valeurs au sein de la direction du P.D.K. Les effets à long terme du plan de succession devinrent plus clairs une fois que son fils Massoud lui eut succédé, se fut emparé des ressources du gouvernement kurde d’Erbil et ait noué une coopération étroite avec Saddam Hussein à tous les niveaux, militaire, économique, politique et sécuritaire.
Balayer les obstacles à la succession
Avant le début de la mise en œuvre du « projet controversé de succession », le Front de la résistance kurde semblait assez uni, C'était d’ailleurs l'une des conditions essentielles pour résister aux attaques du camp hostile composé de milliers de mercenaires kurdes aux côtés de l'armée irakienne au Kurdistan. Cette unité fut profondément compromise dès que Mollah Mustafa, déterminé à imposer au P.D.K et à Barzan son fils Massoud par la force ou l'intrigue, commença à concrétiser son « projet d'héritage ».
Cette décision nécessitait d’apporter des changements drastiques au parti et à Barzan. Mollah Mustafa, qui fit du P.D.K. une institution soumise à ses ordres et obéissant à tous ses caprices, s'empara de tous les pouvoirs politiques et de toutes les sources financières et militaires. Selon les explications du Dr. Mahmoud Othman, numéro 2 du Politburo du P.D.K. de l’époque, toutes les prérogatives du parti furent transférées au quartier général personnel de Mollah Mustafa (« Quartier Général de Barzani », composé du père et de ses deux fils, Idriss et Massoud) :
« Après l’accord du 11 mars 1970, le commandement de Mollah Mustafa (qui se méfiait toujours du P.D.K.) commença à étendre son influence en infiltrant directement le parti « sachant que ce parti jouerait un rôle important à ce stade », et en lui imposant certains éléments hors parti, mais loyaux envers sa personne. Cette situation devint flagrante lors du huitième congrès qui se déroula en 1970, au cours duquel Idriss et Massoud s’engouffrèrent dans la direction du parti et lorsque des adhérents hors parti furent imposés au commandement.
Afin d’assurer la mise en œuvre de son projet, le président du P.D.K. introduisit illégalement dans la salle de conférence de nombreux membres hors parti, jusqu’à ce que ces militants constituent environ le tiers des délégués rassemblés. Nous avons également constaté qu'après l’accord de mars et ceci, jusqu'à la fin de la Révolte, que Mollah Mustafa, à travers l’appareil de sécurité du Parastin et aussi grâce à son influence personnelle, amenait dans le parti du P.D.K des éléments qui lui étaient loyaux afin d’affaiblir ce parti et de l’empêcher de jouer un rôle majeur dans la Révolte.
La direction de Barzani favorisait les candidats non éduqués et les nouveaux venus en écartant les anciens. Ainsi les prérogatives commencèrent à être concentrées uniquement entre les mains des éléments militaires et les membres du Parastin qui obéissaient aveuglément aux ordres de Mollah Mustafa » ... Progressivement, le rôle du parti et sa présence dans la Révolte commencèrent à s’affaiblir jour après jour et à tous les niveaux. »2
Tous les pouvoirs se trouvaient désormais concentrés entre les mains de Mollah Mustafa et de ses fils.
Le processus de promotion naturelle des membres du Parti, selon la Constitution, était rompu. Dorénavant, seul Mollah Mustafa nommait les membres du parti et les faisait expulser ou liquider selon son bon vouloir. Le népotisme, le clientélisme et la corruption se répandirent à grande échelle. Lorsque les combats reprirent au printemps 19743, l'appareil de sécurité irakien avait infiltré les positions sensibles, politiques et militaires de la Révolte kurde, de sorte que les principaux fronts s'effondrèrent rapidement, l’un après l’autre. Pour plus de détails concernant les effets de la soumission du P.D.K. à Mollah Mustafa et à ses fils, veuillez consulter la note de bas de page N° 2 qui retrace les causes de la catastrophe nationale de 1975, dont les effets négatifs se feront sentir jusqu’à nos jours.
L’objectif secret de la succession n’exprimait pas un projet conjoint de Mollah Mustafa et d’Idriss. Ce dernier critiqua ce plan en le qualifiant de destructeur et affirma, à la fin, qu’il représentait un des facteurs ayant entrainé l’échec de la Révolte.
Ce dessein n’incarnait pas un projet commun de Mollah Mustafa, d’Obaidullah ou de Luqman (ces deux derniers étaient les fils que Mollah Mustafa avait eus de sa première épouse).
Ce n’était pas non plus le but conjoint de Mollah Mustafa et d’Othman (fils du Cheikh de Barzan), car ce dernier s’était farouchement opposé à cette décision.
Ce plan ne reflétait pas non plus l’intention commune de Mollah Mustafa, de Hasu Mirkhan Dolmari, de Hajek Cemi, de Hassan Khal Hamza ou d'autres dirigeants qui furent les compagnons d'armes de Mollah Mustafa pendant de nombreuses décennies, ni même le but des habitants de Barzan.
Il ne s’agissait pas non plus d’un projet associant Mollah Mustafa au Politburo du Parti démocratique du Kurdistan.
Ce « projet » était l’œuvre exclusive de Mollah Mustafa et de son fils Massoud, du
grand-
En dépit des obstacles rencontrés, de son manque de logique et de son absence de légitimité, Mollah Mustafa adopta et imposa à tous ce projet éminemment émotionnel. Il mobilisa toute son énergie afin d’éliminer tous les obstacles, quel qu'en soit le prix ! Ce programme n’aurait jamais pu être réalisé sans l’adoption de méthodes sournoises tels que le chantage, la tromperie, la violence, le mensonge et le crime. Ne bénéficiant pas d’un soutien populaire, ce plan ne s’avérait réalisable qu’à la condition de supprimer toutes les valeurs patriotiques, de trahir les principes de la Révolte, et d’utiliser la force pour imposer le fait accompli et de le consolider en l’amenant vers le mercenariat.
Mollah Mustafa se montra pleinement disposé à assumer ce rôle, quelles que soient les graves conséquences négatives à long terme, la première étape consistant à balayer les obstacles, à n’importe quel prix.
Éliminer la symbolique révolutionnaire
Le changement fondamental survenu dans le comportement de Mollah Mustafa aurait été impossible si les valeurs révolutionnaires et le sentiment de justice avaient été profondément enracinés en lui qui ne possédait pas de principes fixes. Il existe une grande différence entre être un « vrai révolutionnaire » et prétendre l’être afin de mieux manipuler les autres.
En examinant son passé, on découvre que Mollah Mustafa avait l’habitude d’adopter
certaines positions en fonction de ses intérêts personnels et de les abandonner ensuite
lorsque les circonstances changeaient. Simuler l’ascèse et la piété ne l’empêcha
pas d'accumuler des millions de dollars dans ses propres coffres. Afficher un soi-
Plus tard, en 1983, le dictateur de Bagdad extermina tous les Barzani mâles. Tous ces événements sont fort bien documentés. Feindre d'être révolutionnaire ne l'empêcha pas d'assassiner, le 15 mai 1968, Suleyman Mouîni, membre éminent du Politburo du Parti Démocratique Kurde iranien, et de remettre son corps à la SAVAK (police secrète du Chah). « Plus de quarante militants du P.D.K. d’Iran ont été soit tués, soit arrêtés et remis aux autorités iraniennes par les hommes de Barzani.4 »
La direction du Mouvement kurde, incarnée par la personne de Mollah Mustafa, ne possédait pas de principes moraux suffisamment puissants pour la dissuader d’« affaiblir la cause kurde pour des intérêts personnels », l’empêcher de transgresser les « tabous nationaux et patriotiques », la détourner de l’assassinat des dirigeants des mouvements de libération dans d’autres parties du Kurdistan, ou la convaincre de ne pas s’engager dans un mercenariat au service d’une puissance étrangère.
Les dirigeants kurdes, originaires d’autres parties du Kurdistan, qui se rendaient
dans les régions libérées du Kurdistan (Révolte du P.D.K. irakien entre 1961-
Le 6 juin 1971, Sayit Elci, un dirigeant du P.D.K. de Turquie, fut assassiné avec deux de ses compagnons, grâce à la complicité des dirigeants du P.D.K. irakien.7 Peu après, le Dr Şıvan, nationaliste kurde charismatique de Turquie, appartenant à la gauche et considéré par beaucoup comme un « Che Guevara kurde », fut exécuté le 26 novembre 1971 avec deux camarades, sur l’ordre de Mollah Mustafa qui lui avait fait endosser la responsabilité du meurtre de Sayit Elci.
Suite à ces crimes commis à la grande satisfaction de la SAVAK iranienne et du MIT turc (services secrets), les cadavres furent soigneusement dissimulés jusqu’à aujourd’hui. Les tentatives des familles pour localiser les dépouilles de leurs proches ne purent aboutir. Le Kurdistan libéré d’Irak devint ainsi le « cimetière inconnu » dans lequel furent enterrés les héros nationaux kurdes les plus importants des mouvements de libération. Ces meurtres de dirigeants, ordonnés par Mollah Mustafa, eurent comme conséquence de paralyser le mouvement de libération kurde et la lutte du peuple kurde en Turquie et en Iran.
Alors qu'il était en visite au Kurdistan irakien, Jamil Mahou, secrétaire général du P.D.K. Liban, fut arrêté sous le prétexte qu’il entretenait des relations avec Obaidullah (le fils aîné de Mollah Mustafa qui s’opposait au projet de succession de son père) et parce qu’il refusait d'accepter les changements imposés par Mollah Mustafa qui souhaitait contrôler le P.D.K. libanais. Jamil Mahou fut jeté en prison, insulté, humilié et torturé. Mollah Mustafa l'appela à comparaître devant lui, mais ne lui donna pas l'occasion de se défendre, tant il était dans un état de colère incontrôlable.
Le couvrant d'insultes et le menaçant de mort, il l'accusa de haute trahison8 sans aucune preuve. La raison de la colère profonde manifestée par Mollah Mustafa envers Jamil Mahou s’expliquait par une crainte démesurée concernant l‘existence potentielle d’une alliance avec son fils aîné Obaidullah, projet imaginaire qui saperait le fondement du plan de « succession ». Idriss affirma ouvertement à Jamil Mahou : « Nous craignons votre remise en liberté parce que vous coopérerez avec Obaidullah contre nous. »
Quelque temps après, le 26 mars 1975, la Révolte kurde fut désintégrée. Mollah Mustafa traversa aussitôt la frontière pour se réfugier en Iran avec ses troupes. Profitant de la fuite de ses gardiens et de la période de grande confusion qui s’ensuivit, Jamil Mahou quitta la prison de Rayat et se mêla aux groupes de Kurdes qui fuyaient l’avancée de l’armée irakienne. Il parvint ainsi jusqu’à la ville iranienne de Nagadeh où se trouvait, déjà à l’abri, Mollah Mustafa et ses fils. Feignant d’oublier les quatre années de vexations, d’insultes et de tortures qu’il venait de lui infliger, Mollah Mustafa, très sérieusement, présenta à Jamil Mahou la proposition suivante :
« Si vous pouvez tuer mon fils Obaidullah, je suis prêt à vous payer le montant que vous exigerez.9 »
Pétrifié par cette offre déconcertante, Jamil Mahou choisit de ne pas répondre.
Cette entrevue se déroula à peine deux semaines après l’anéantissement de la famille de Muhammad Agha Merguesori, assassinats qui allaient être suivis par de nombreux crimes.
Revenons au projet de succession. Dans de nombreux cas, se fixer des objectifs détermine
les moyens de réaliser ceux-
Il s’agissait maintenant d’effacer de la mémoire collective kurde le mépris témoigné
à l'égard des Jash ou mercenaires, de réhabiliter ceux-
La réalisation des objectifs de Mollah Mustafa, considérés comme illégaux et impopulaires
par la société kurde, nécessitait de nager à contre-
Insensible aux plaintes et revendications de la société, il accroissait en même temps
sa dépendance à l'égard de l'extérieur, en particulier envers le triangle SAVAK (services
secrets iraniens) -
Ces partis politiques, à différents degrés, n'étaient pas à l’abri de la corruption, de l’opportunisme et du mercenariat. Lorsque les dirigeants du P.D.K. parvinrent à établir de bons rapports avec le régime du Chah, puis avec la République islamique, ils affichèrent rapidement une position hostile envers le mouvement kurde en Iran, soutenue par une propagande visant à effacer la honte ressentie par ce comportement antikurde.
Le même scénario se renouvela avec la Turquie. Après le rapprochement avec Ankara, les fils de Mollah Mustafa entrèrent en guerre jusqu’à nos jours contre le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) et l’administration kurde du Rojava (Syrie). Après s’être entendue avec le régime de Saddam Hussein, la direction du P.D.K. combattit l’opposition kurde et arabe, soit l'Union Patriotique du Kurdistan (U.P.K.) et l'opposition irakienne (Congrès national irakien) dirigée par Ahmed Chalabi.
Je n’évoquerai pas ici la légalisation des vols de fonds publics, ni la consolidation d'un système de corruption et sa propagation à toute la société10.
Saddam Hussein envoya son armée pour occuper Erbil (capitale du Kurdistan irakien) et livrer cette ville à son allié Massoud en 1996. Grâce à l’appui du dictateur fourni autrefois, Massoud contrôle toujours cette ville où toutes les manifestations sont interdites aujourd’hui. Après la chute du tyran, la ville d’Erbil s’enorgueillit d’accueillir et d’héberger jusqu’à ce jour de nombreux criminels liés au régime Baas.
Intimider le peuple kurde
« Ces dernières années, le terrorisme a été utilisé contre le peuple kurde et contre les membres des forces nationales irakiennes présentes au Kurdistan, comme par exemple, l'assassinat par le commandant du Secteur Zakho de 12 communistes appartenant au Comité central du Parti communiste et de 2 membres du Commandement central, avec l’approbation de la direction de Barzani, le meurtre de Majeed Rustom, de Muhammad Haji Ibrahim et de 8 autres personnes dans la région de Khalakan sans aucune justification, sous les ordres de la même direction alors qu'elles avaient été invitées à la demande de Mollah Mustafa, ainsi que l'élimination de la famille de Muhammad Agha Merguesori sur ordre de Mollah Mustafa, et la remise de 5 membres de l'Armée populaire de libération, arrêtés à Souleimaniye, et livrés aux dirigeants fascistes de Bagdad qui les ont ensuite condamnés à mort, ainsi que d’autres crimes similaires »11.
Utilisant l’aide financière qui lui avait accordée, son pouvoir politique, la force
et la manipulation pour atteindre ses objectifs, Mollah Mustafa força la société
à accepter les mercenaires (Jash) comme ses « dirigeants ». Il imposa l'obéissance
aux commandants Peshmergas qui avaient combattu ces mercenaires pendant une décennie,
et les obligea à s’incliner devant les Jash uniquement à cause du fait que ces mercenaires
étaient le grand-
Les changements imposés du haut vers la base visaient à détruire les valeurs symboliques des figures de la résistance kurde qui incarnaient le patriotisme, la noblesse, le courage, la fierté et la lutte pour la libération du peuple kurde et à les remplacer par les valeurs mercantiles du mercenariat et le culte du dollar.
Ainsi Mollah Mustafa nomma Zobayr Agha (l’oncle de Massoud et ex-
Une humiliation identique fut imposée à Othman Cheikh Ahmed, à ses fils, Obaidullah
et Luqman, ainsi qu’à un groupe d'autres personnalités bien connues. Suite au refus
de ces derniers de se soumettre à cet affront, Mollah Mustafa adopta une attitude
très hostile. Certains durent s’enfuirent, d’autres furent assassinés. Cependant,
Mollah Mustafa continua jusqu'au bout son travail de sape méthodique qui consistait
à détruire les principes révolutionnaires et nationaux. Il savait qu'il ne pourrait
pas accomplir son plan tant que la société kurde restait attachée à des valeurs insurrectionnelles
et de résistance. Ainsi, pour surmonter cet obstacle, il devait effacer les principes
révolutionnaires de la société afin de s'en libérer lui-
Au cours de sa dernière décennie de vie (il décéda à Washington en 1979), Mollah
Mustafa ne tint plus compte de sa réputation et ne s'intéressa plus à l'avenir du
mouvement kurde. De nombreuses personnalités bien pensantes se rendirent chez lui
et le mirent en garde contre les conséquences désastreuses, pour lui et pour l’avenir
du peuple kurde, de ce changement radical de comportement et de politique. Sous divers
prétextes, sans rapport avec le problème, il esquiva toute remontrance. Après quoi,
il se montra plus agressif envers tous ceux qui s’opposaient à sa politique de réhabilitation
des ex-
Autrement dit, les profits liés en grande partie à la corruption de l’entreprise P.D.K. (car ce parti était devenu une véritable entreprise !) et de ses nombreuses succursales réparties dans les régions de Soran et de Badinan, sous les noms officiels de « Révolte kurde », de « Comité central de parti », d’« Organisation de Parastin », de « Peshmergas », de « Quartier Général de Barzani » ou encore de « Forces Zeravani », etc., dépassaient, à cette époque, des dizaines de millions de dollars. Il était temps pour le père de confier la direction de l'entreprise à son fils pour qu'il puisse continuer à amasser une fortune.
En effet, les profits réalisés par le fils l'amenèrent à rivaliser avec les cheikhs
arabes du Golfe, car le fils et ses enfants passèrent du rang de multimillionnaires
à celui de multimilliardaires. Si le grand-
« Les « Pedawi Papers », maintenant dans un coffre-
Revenons maintenant au projet de succession en 1970. Des délégations furent envoyées
depuis le quartier général de Mollah Mustafa à Mossoul, où se trouvait la plupart
des forces Jash, originaires ou opérant dans la région de Badinan. N’osant refuser
de jouer ce rôle honteux imposé par son père, Idriss, le fils du leader de la Révolte
fut contraint de prendre la tête d’une délégation qui rendit visite à Mahmoud Agha
(beau-
En août 1970, Mollah Mustafa offrit à son fils Massoud un premier cadeau précieux
tant attendu : il forma une force militaire de soutien à celui-
Le comportement dangereux et irrationnel de Mollah Mustafa, jusque-
Les aspects funestes de son caractère s’affirmèrent plus clairement après l’accord du 11 mars 1970, et lors de la fin du mouvement kurde, en mars 1975, lorsqu’il imposa à ses Peshmergas de déposer les armes (ce qui équivalait à détruire la Révolte), car à partir de ce moment, Mollah Mustafa ne ressentit plus le besoin, comme auparavant, de camoufler sa véritable nature. Il n’hésita plus à menacer ouvertement les combattants qui désapprouvaient cette capitulation.
En août 1975, le journaliste égyptien Muhammad Hassanein Heikal16, fut reçu par le Chah d’Iran qui lui affirma lors de cette entrevue :
« L'opération au Kurdistan nous a coûté trois cents millions de dollars. »17
Toute l'aide financière fournie par les pays donateurs à la Révolte kurde fut transférée
directement à Mollah Mustafa lui-
Après l’interview avec le Chah, Muhammad Hassanein Heikal rencontra, à Téhéran, Mollah Mustafa pour lui poser quelques questions au sujet des finances de la Révolte :
« Vous meniez la Révolte selon une logique tribale et féodale, de sorte que le budget de la Révolte kurde, enfermé dans des caisses, était à la disposition de votre plus jeune fils, Massoud, le fils favori que vous avez eu avec votre dernière épouse... et ces sommes d’argent ont été dépensées selon vos ordres, comme si l’argent destiné à la Révolte était en fait une question familiale, voire personnelle. »
Ne répondant malheureusement pas à la remarque de Heikal, Mollah Mustafa adopta aussitôt un état de nervosité intense afin d’inciter le journaliste à abandonner ce sujet éminemment embarrassant pour le chef du P.D.K.18
Après le décès du Cheikh Ahmed de Barzan en janvier 1969, Mollah Mustafa s’ingénia aussitôt à détruire les valeurs de Barzan et son tissu social afin de mettre en œuvre son projet familial de succession. Il menaça de liquider, sous prétexte d'être des traîtres, une cinquantaine de personnalités reconnues par l'ordre soufi Naqshbandi et autorisées par le Cheikh de Barzan à transmettre les enseignements sacrés aux villageois. Muhammad Khaled et Othman, les deux fils du Cheikh de Barzan, s’opposèrent toutefois à l’initiative de Mollah Mustafa.
Après l’accord conclu en mars 1970, le temps devenait compté pour assurer la mise en œuvre de son projet familial. Mollah Mustafa commença par régler ses comptes au sein même de sa propre famille. Sous prétexte qu’il entretenait des relations avec le régime de Saddam Hussein, Mollah Mustafa expulsa son fils aîné, Obaidullah, qui se réfugia à Barzan. Rappelons ici que Obaidullah, compétent et intelligent, principal rival de Massoud dans la succession de Mollah Mustafa, contestait le projet de son père. Cependant, Mollah Mustafa ne le laissa pas tranquille. Il menaça d’envahir Barzan si Obaidullah ne quittait pas cette région. Le père poursuivit le fils jusqu’à ce que ce dernier fût contraint de s’exiler à Bagdad. Le conflit interne familial fut faussement déguisé en patriotisme et en nationalisme.19
Othman, fils du cheikh de Barzan et responsable de la région de Barzan, s’opposait au projet de succession de Mollah Mustafa, son oncle, bien qu’il lui ait fourni de l’aide à plusieurs reprises dans les moments critiques de repli des forces des Peshmergas, en lui envoyant des troupes de Barzan pour faire face à l’avancée d’une armée hostile. Mollah Mustafa échafauda cependant le plan suivant pour le dépouiller de tous ses pouvoirs et s’en débarrasser définitivement. Il finança généreusement un second centre de pouvoir, parallèle à celui d’Othman, basé à Bele, au sud de Barzan, et composé de plusieurs membres de la famille d’Othman. Mollah Mustafa tendit un piège à Othman en ordonnant à l'agence Parastin (services secrets du P.D.K.) de préparer une lettre au nom de Hussein Agha Khader Surji (chef kurde des mercenaires de Saddam Hussein)20, adressée à Othman et proposant son aide.
Othman reçu le courrier rédigé par le Parastin sans soupçonner la conspiration que son oncle tramait contre lui. Il répondit au message en remerciant pour l’aide proposée tout en précisant qu'il n'avait besoin de rien. La réponse d’Othman revint le jour même entre les mains de Mollah Mustafa. Satisfait d’avoir réussi à piéger son neveu et à créer un conflit entre les deux frères, Mollah Mustafa envoya aussitôt la réponse d'Othman à Muhammad Khaled afin de lui démontrer que son frère entretenait, derrière son dos, des relations avec des Jash. Mollah Mustafa exhorta Muhammad Khaled à renvoyer son frère et à le remplacer sous le prétexte qu’Othman n'était pas apte à représenter Barzan. Semer la discorde entre les deux frères permit à Mollah Mustafa de supprimer l’obstacle de Barzan à son projet d’héritage familial tout en servant les intérêts du régime de Saddam Hussein et des mercenaires kurdes.
Afin d’accroître les tensions au sein de la famille, Mollah Mustafa continua de resserrer l’étau autour d’Othman en lui envoyant une force armée, placée sous le commandement d’Abdul Muhaymin, le fils de la sœur d’Othman. Ce dernier et un grand nombre de ses sympathisants furent expulsés et durent se réfugier à Bagdad. Les baasistes se réjouirent d’observer ces développements obtenus gratuitement qui servaient directement l’intérêt de Saddam Hussein. Par contre, ce fut un grand choc pour les Barzani de se retrouver mêlés à un conflit interne inutile, destiné uniquement à consolider le projet d’héritage controversé de Mollah Mustafa.
Deux massacres : l’extermination de la famille de Muhammad Agha Merguesori en mars 1975 et l’anéantissement des Barzani en août 1983
Nous allons évoquer ici deux massacres, liés entre eux, dont les victimes étaient toutes des Barzani. Jusqu'à présent, la question de ces tueries n'a pas été abordée de manière objective à mon avis, même si de nombreux écrits relatent ce sujet non sans émotions, d'autant plus que les familles des victimes furent contraintes de garder le silence.
Le premier massacre se déroula en mars 1975, au moment où la Révolte était désintégrée.
Juste avant que Mollah Mustafa ne prît la fuite vers l’Iran, il ordonna à ses hommes
de liquider la branche masculine de Muhammad Agha Merguesori21. Quant à la seconde
tuerie de masse, celle des Barzani en 1983, elle fut perpétrée par le régime de Saddam
Hussein pendant la guerre Iran-
Si les faits n’ont pas été divulgués plus tôt, c’est parce que Saddam Hussein a tenu les rênes du pouvoir jusqu’en 2003 et qu’il s’était allié aux auteurs du premier crime. Même si nous sommes en 2024, ce n’est d’ailleurs un secret pour personne que des menaces ont été proférées à l’égard des proches des victimes et des compensations versées en argent, en cas de meurtres de parents, afin de garder le silence.
L’élimination des Barzani en 1983 ne représenta malheureusement pas un sujet important à régler par les tribunaux à Bagdad lors du jugement du dictateur en 2004.
En réalisant son « projet de succession » qui nécessitait la disparition de plusieurs opposants et des manoeuvres secrètes, camouflées sous le vernis d’une lutte nationaliste, Mollah Mustafa déclencha une cascade d’événements qui, en se succédant, devinrent rapidement hors de contrôle.
Afin de mieux appréhender la politique de Mollah Mustafa, commandant suprême des Peshmergas et chef du P.D.K., il est nécessaire de se poser quelques questions et de tenter d’y répondre afin d’éclairer les aspects flous ou obscurs des décisions qu’il prit autrefois.
Un élément attire d’emblée notre attention. La première série de crimes se déroula
en mars 1975, immédiatement après la défaite des dirigeants kurdes. La question qui
vient à l'esprit est la suivante : après avoir déposé les armes et décidé de fuir
en Iran, une fois qu’il n’y n'avait plus rien à défendre au Kurdistan, pourquoi Mollah
Mustafa a-
Après une longue quête, environ deux semaines après le 26 mars 1975 (date de la fuite de Mollah Mustafa), elle repéra, non loin de la prison de Rayat, un terrain fraichement retourné, près d’un ruisseau. Soupçonneuse, elle commença à fouiller le site jusqu’à l’apparition des dépouilles de ses proches, revêtus de leurs habits traditionnels. Elle identifia le corps de son mari grâce au manteau qu’il portait, cadeau de Mollah Mustafa quelques années auparavant, ignorant que ce vêtement lui servirait de linceul !
Pourquoi Mollah Mustafa a-
Il se pourrait que l’extermination de la famille de Muhammad Agha Merguesori ait été décidée à partir du moment où Mollah Mustafa réalisa que Fakher n’était pas d’accord avec son projet de succession et son plan d’intégration des Jash dans les rangs des Peshmergas. Mollah Mustafa mobilisa toute sa détermination afin de balayer les obstacles qui se dressaient sur sa route pour accomplir son plan d’héritage ! L’anéantissement de cette famille ne représentait qu'une partie infime d’un plus vaste projet comme nous l’évoquions brièvement plus haut dans cet article. Voici quelques éléments attestant l’acharnement manifesté par le président du P.D.K. à l’égard de cette famille.
Le 14 février 1971, le Parastin assassina, à Erbil, un jeune homme du nom de Jamil, fils de Muhammad Agha Merguesori. Mollah Mustafa envoya ses deux fils, Idriss et Massoud, présenter en son nom leurs condoléances à « l'oncle » Muhammad Agha. Convaincus que l'assassinat s’était déroulé dans le plus grand secret et que leur embrouille ne serait jamais découverte, ils promirent au père de faire tout ce qui était en leur pouvoir pour identifier dans les plus brefs délais le coupable et le punir.23
J'étais en route vers Erbil lorsque je découvris que Fakher Merguesori se trouvait
dans la voiture que nous venions de dépasser. Nous nous arrêtâmes immédiatement et
Fakher descendit de son véhicule également. Nous décidâmes de parcourir à pied une
partie de la distance entre Shaqlawah et la ville de Salah al-
Un large cercle d’amis entourait Fakher. Ceux-
Ensuite, les hommes de Mollah Mustafa incarcérèrent Fakher, qui était pourtant membre du comité central du P.D.K. Plus tard, tous les membres masculins de la famille Merguesori furent emprisonnés sans exception, selon la méthode baasiste. Nous mentionnons ici le texte écrit par Ismet Chériff Vanly, concernant les causes de l’effondrement du mouvement kurde, dans lequel il fait référence à l’assassinat de Fakher :
« Les services secrets du Parastin mettent à mort Fakher Merguesori, communiste kurde accusé d'intelligence avec le Baas, mais vainqueur de la bataille la plus importante jamais gagnée par la Révolte, héros de Hindren en mai 1966. On l’exécute sans procès et avec des membres de sa famille, sans apporter la preuve de sa trahison devant un tribunal révolutionnaire. »24
L’exécution de Fakher ne fut pas annoncée et le lieu où il fut enterré demeura caché. Sa mère (Hamin Khanum) déploya tous ses efforts pour connaître le sort de ses fils, mais en vain. Au cours de sept navettes effectuées au quartier général de Mollah Mustafa, elle ne put rencontrer ni le chef de la Révolte, ni l'un de ses fils. Humiliée, chassée par les gardiens, elle refusa d'abandonner ou de se décourager. L'effondrement du mouvement kurde en mars 1975 lui permit de retrouver les corps de son mari, Muhammad Agha, et ceux d'autres membres de sa famille mais il reste encore aujourd'hui un lieu de sépulture inconnu, celui de Fakher, secret que Massoud refuse toujours de révéler.
Lorsqu’ils étaient tous deux en détention, selon le témoignage de Jamil Mahou, celui-
L’aspect le plus frappant du comportement de Mollah Mustafa au cours de la dernière décennie de sa vie fut marqué par une violence croissante et une multiplication des ordres d’assassinat, dont la plupart visaient des Barzani, mais également les forces de gauche kurdes et irakiennes en général. Il détruisit le P.D.K. en lui imposant une soumission totale car le rôle de ce parti se borna à l’exécution, sans discuter, des ordres de Mollah Mustafa. Il corrompit l’esprit de la Révolte en introduisant des mercenaires dans l'organisation Peshmerga du secteur d'Aqra, du secteur Sheikhan et de celui de Raneh. Dégoûtés par l’intrusion de mercenaires dans leurs rangs, les Peshmergas n’avaient plus envie de combattre pour la Révolte. Suite aux changements radicaux qu’il imposa, Mollah Mustafa réussit à vider la Révolte de son contenu et à la pervertir.
Lors de la reprise des combats en 1974, il avait en effet déjà commis la plupart des erreurs qui allaient entraîner la chute du mouvement kurde face à l'avancée des forces irakiennes. Il n'avait pas non plus réussi à maintenir des rapports cordiaux avec le camp socialiste et les forces de gauche dans le monde arabe. Le Chah prodiguait généreusement de l’argent, dont la totalité était directement versée au président du P.D.K. Pendant que sa famille accumulait des richesses, les défaites militaires en 1974, face à l’armée irakienne, se multipliaient sur tous les fronts. La décision de Mollah Mustafa de mettre fin à la Révolte équivalait clairement à reconnaître l'échec retentissant de son leadership et sa responsabilité directe dans la création d’un désastre national, comme l'a déclaré sans ambiguïté le Dr Mahmoud Othman25, lors d’une interview télévisée à la presse :
« Nous n'avons pas continué la résistance parce que nous avons prouvé que nous étions un leadership défaillant et que nous n'assumions aucune responsabilité dans les moments critiques. Il y avait de l'argent, des armes, du matériel, de nombreux combattants et de vastes régions libérées, et il était même possible de poursuivre la résistance. Quand nous avons pris la décision de nous rendre, personne ne nous a imposé cette décision. De son côté, Saddam Hussein avait reconnu qu’il ne possédait plus assez de matériel militaire pour continuer la guerre 26 contre les Kurdes…
Que ce soit sciemment ou inconsciemment, les deux parties (Mollah Mustafa et Saddam Hussein) se rendirent mutuellement service à plusieurs reprises.
L’absence de loyauté du président du P.D.K. envers les principes de la Révolte kurde et sa personnalité versatile permirent la coopération suivante :
D’un côté, les adversaires de Mollah Mustafa et de son fils Massoud, tels que Obaidullah Barzani, Luqman, Othman, Nazir Barzani et des milliers d’autres Barzani, furent éliminés par Saddam Hussein. En revanche, les opposants au gouvernement irakien comme Fakher Merguesori, l'un des héros de la bataille d'Hindren, avec tous ses frères et leur père, furent liquidés par le président du P.D.K.
Au fil du temps, les rapports entre le parti Baas et la direction du P.D.K. se renforcèrent et devinrent indéfectibles. Massoud reçut en cadeau la ville d’Erbil des mains de Saddam Hussein lors d’une alliance conclue avec le dictateur de Bagdad après le 31 août 1996 qui consistait à éliminer l’influence de l’Union Patriotique du Kurdistan (U.P.K.) à Erbil et permettre à l’armée irakienne de liquider l’opposition à son régime en détruisant les bases de l’Union Islamique du Kurdistan, du Conseil Suprême de la Révolution islamique, du Front Turkmène, du Congrès national sous la direction d’Ahmed Chalabi, du Mouvement assyrien et du Parti communiste du Kurdistan. Ne se doutant pas que Massoud allait les trahir, toutes ces forces furent surprises par l’assaut lancé contre elles et mal préparées à la riposte. Plus d’une centaine de milliers de personnes furent déplacées à la suite de cet événement.
La collaboration étroite instaurée entre le Parti Baas et le P.D.K. continua après la chute du dictateur en 2003.
Aujourd'hui encore, la forte présence de partisans de Saddam Hussein à Erbil témoigne de la profondeur des liens tissés entre le parti Baas et le P.D.K. Un des proches collaborateurs de Saddam Hussein, Izzet Aldouri27, décéda en 2020 à l’hôpital d’Erbil, sous la protection de Massoud, président du P.D.K.
Quant à l’anéantissement des Barzani en 1983, plus de 3.000 hommes originaires de la région de Barzan, âgés entre 10 et 85 ans, furent arrêtés en juillet par les forces spéciales de Saddam Hussein, entassés dans des camions militaires, transférés dans le désert au sud de l’Irak et enterrés vivants. Ce premier massacre peut être considéré comme le début d’une large opération génocidaire menée par Bagdad, qui culmina à Anfal avec la mort de plusieurs dizaines de milliers de Kurdes en 1988. La Cour suprême irakienne reconnaîtra, en 2011, ce massacre de population civile comme un crime de génocide.
Après l’élimination de Kurdes Faylis 28 en 1980 par Saddam Hussein, celle des Barzani en 1983, à Halabja et à Anfal en 1988, après le soulèvement kurde général de 1991, soit après tous les massacres commis par le régime Baas, les dirigeants kurdes, dans une scène unique dans l’histoire, se précipitèrent à Bagdad pour embrasser les joues du criminel le plus sanglant de l’histoire moderne de l’Irak, Saddam Hussein.
Le profond enracinement d’une culture mercenaire dans la société avait permis aux dirigeants kurdes de transgresser leurs tabous moraux et de renoncer à leurs valeurs patriotiques. Certains décrivirent ce baiser comme le « baiser de la honte ».
Les catastrophes susmentionnées, les conséquences du génocide yézidi en 2014 et celles du désastre engendré par le référendum en 2017 auraient pu être évitées si la direction du mouvement de libération kurde avait été sincère et honnête envers son peuple et avait adhéré aux principes de la Révolte et aux valeurs de liberté et de justice.